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LES BRITANNIQUES ONT CHOISI DE SORTIR DE L’UNION EUROPÉENNE - BRAVO

Brexit : les Britanniques ont choisi de sortir de l’Union européenne

Source: Reuters
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Lors du référendum sur le Brexit qui s’est tenu le jeudi 23 juin, les Britanniques ont finalement choisi de se séparer de l’Union européenne. 51,9 % des Britanniques ont voté pour sortir du projet européen.

Le 23 juin, 17 410 742 des Britanniques ont voté pour la sortie de l’Union européenne, 16 141 241 contre. Selon les chiffres officiels, le taux de participation aurait été très élevé, 72,2% de la population britannique s'étant rendus aux urnes.

Jusqu’à la fermeture des bureaux de vote à 22h (heure locale), la population de la Grande-Bretagne s’est mobilisée pour se prononcer sur l’avenir de son pays. Plus de 46 millions de Britanniques étaient inscrits sur les listes et le taux de participation s'est avéré historique.

Un vote serré

Tout au long de la journée et jusqu’à la dernière minute, le «remain» ou le «leave» sont restés plus ou moins à égalité dans les sondages.

Craignant une sortie de la Grande-Bretagne de l’UE, la totalité de la classe politique britannique avait demandé au Premier ministre, David Cameron, quelques minutes après la fermeture des bureaux de vote, à ce que le pays reste dans l’Union quels que soient les résultats du vote.

Or, malgré le repli des politiques et le scepticisme des sondages sur la victoire du «leave», le peuple britannique a décidé que la Grande-Bretagne devait désormais emprunter une voie différente de celle que lui proposait l’Union européenne.

Se préparer à l’après Brexit

Depuis plusieurs semaines, les institutions financières craignaient que la Grande-Bretagne sorte de l’Union européenne. Le FMI avait alors mis en garde qu’un Brexit risquerait de provoquer une poussée d'euroscepticisme et d'ouvrir une «longue période d'incertitude» financière.

Le jour même du vote, les dirigeants du G7 ont par ailleurs publié une déclaration conjointe sur les mesures nécessaire à prendre pour soutenir les marchés financiers en cas de Brexit. «La déclaration confirme l’accord entre les pays du G7 que la volatilité excessive et les mouvements désordonnés des taux de change sont indésirables», a déclaré à l’agence Reuters l'un des représentants du G7.

Le milliardaire George Soros avait prévenu qu’il y aurait, en cas de Brexit, une situation «d’apocalypse mondiale», et que la livre sterling pourrait dévisser face aux autres devises mondiales.

Déception des dirigeants

La plupart des dirigeants continentaux espéraient se réveiller avec une Grande-Bretagne faisant toujours partie de l’Union européenne. Le jour du référendum, François Hollande avait déclaré que «bien sûr», il souhaitait apprendre que les Britanniques étaient «restés dans l’Union européenne, parce que c'est leur place».

Pour le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, un Brexit est néanmoins irréversible. Il avait ainsi prévenu le 22 juin que «les hommes politiques britanniques et les électeurs britanniques doivent savoir qu’il n’y aura aucune sorte de nouvelle négociation» avec le Royaume-Uni.

L’Union européenne et la Grande-Bretagne devront donc ré-apprendre à vivre l’un sans l’autre.

   

En direct de la City: "C'est la folie ici, c'est un bain de sang, un carnage"

24/06/16 à 10:33 - Mise à jour à 12:03

Source: Afp

"C'est un putain de désastre !" David, un employé de la City, maudit les Britanniques qui ont voté pour quitter l'Union européenne, plongeant la place financière de Londres dans la tourmente.

En direct de la City: "C'est la folie ici, c'est un bain de sang, un carnage"

Panique à la City après l'annonce du Brexit. © REUTERS

 

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Les responsables de la place de Londres avaient prévenu avant le référendum qu'elle avait beaucoup à perdre d'un éventuel départ de l'Union européenne. Non seulement une tempête financière est à craindre mais, à plus long terme, les banques britanniques risquent de perdre un certain nombre de droits d'accès au marché européen de la finance.

"C'est un désastre absolu. Le majorité des Britanniques n'avaient aucune idée de pour quoi ils votaient. Maintenant tous ceux qui ont une maison, une retraite ou qui prévoyaient de partir en vacances à l'étranger sont beaucoup plus pauvres", peste David, la quarantaine, le visage sombre.

La livre sterling a plongé de près de 12% face au dollar et de 8% face à l'euro après les premières informations faisant état d'une victoire du Brexit. La Bourse de Londres chutait pour sa part de plus de 7% dans les premiers échanges vendredi matin.

Les traders de la City et de Canary Wharf, l'autre quartier d'affaires plus moderne de Londres, qui s'étaient préparés à une nuit blanche face à toute éventualité n'ont pas été déçus. En costume ou parfois simplement en jean et baskets, ils ont passé la nuit devant leur écran géant, à hurler des ordres de ventes au téléphone, tenant le coup à grand renfort de café noir.

'Dix ans' d'incertitude

"C'est la folie ici, c'est un bain de sang, un carnage", raconte à l'AFP David Papier, 34 ans, chef d'une salle de marché à ETX Capital, qui reconnait toutefois une forme d'"excitation" de vivre "un moment historique".

Le marché avait dans l'ensemble anticipé un maintien du Royaume-Uni dans l'UE, aussi les employés rencontrés vendredi matin avaient-ils la gueule de bois.

"C'est une très très mauvaise nouvelle", explique Mike Thomson, un employé d'une cinquantaine d'années rencontré dans les rues encore peu fréquentées des premières heures de la journée. "Un grand bazar va ressortir de tout ça, je suis très inquiet. En plus l'Écosse pourrait maintenant prendre son indépendance dans les deux ans", ajoute-t-il.

Au petit matin, la plupart des travailleurs du quartier d'affaires étaient pressés d'aller au bureau où les attendait une très longue journée, plusieurs d'entre eux répondant simplement "Pardon, pas le temps !" aux sollicitations.

Wendy, une avocate, prend toutefois une minute pour confier son inquiétude en s'extirpant d'un "black cab", les traditionnels grands taxis noirs qui sillonnent les rues londoniennes.

"Il va y avoir certains dommages financiers auxquels les gens ne sont pas préparés. Les services financiers mènent l'économie de Londres et l'économie de Londres mène l'économie britannique donc malheureusement cela va affecter tout le monde", craint-elle. Elle redoute aussi que Bruxelles veuille faire "payer le prix" de leur sécession aux Britanniques.

Un sentiment de vertige prévalait aussi, comme si l'on espérait de sortir d'un mauvais rêve.

"C'est bizarre, traumatisant. C'est dingue de se réveiller avec ça. Ca soulève plein de questions sur l'Écosse et l'économie", glisse Philip, un employé quadragénaire d'un cabinet juridique. "On ne sait pas ce qui va se passer lors des dix ans à venir".

 

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Brexit

 

Brexit: comprendre les conséquences du séisme en 4 questions

24/06/16 à 11:52 - Mise à jour à 14:43

L'onde de choc du vote britannique en faveur d'une sortie de l'Union européenne n'est pas encore terminée, mais quatre questions se posent dès maintenant, à chaud, sur ses conséquences.

Brexit: comprendre les conséquences du séisme en 4 questions

© Reuters

 

1. Est-ce reparti pour un krach ?

Pour l'instant, les marchés sont encore en stade de digestion, et cela fait mal. Mais il est encore trop tôt pour parler de risque systémique à l'image de celui qui a surgi après la chute de Lehman Brothers. Car le scénario n'est pas le même: à la chute de Lehman, les banques centrales n'étaient pas préparées et les flux de liquidités entre banques se sont soudainement taris. Ici, les autorités monétaires ont anticipé ce scénario, ont planché sur le moyen de continuer à alimenter les acteurs du système financier. Les marchés risquent cependant d'être très nerveux pendant des mois, comme lors des divers plans de sauvetage de la Grèce, car les procédures de sortie du Royaume-Uni donneront lieu à des négociations difficiles, avec des effets d'annonce grandement perturbateurs.

Reste que dans l'immédiat, les marchés, qui avaient anticipé une victoire du "Stay", sont dans la tourmente. Les marchés des changes : la livre sterling est tombée à son niveau le plus bas depuis 30 ans (la livre sterling décrochait ce matin de 6% face à l'euro. Il ne fallait plus que 1,23 euro pour une livre alors que la veille, il en fallait encore 1,32). Les marchés obligataires : les investisseurs se sont réfugiés dans les obligations, notamment les obligations allemandes et américaines. Le Bund allemand sur 10 ans a ainsi atteint un plancher historique, avec un taux négatif de -0,17%. Et les marchés des actions, les bourses abandonnant 7,5% à Londres, 6% à Bruxelles, 11% à Madrid. Et ce "bain de sang" fera sans doute pas mal de victimes.

Les valeurs les plus touchées sont les banques, et surtout les grands prêteurs en livre sterling : la sortie du Royaume-Uni risque en effet d'affaiblir l'état de santé des ménages et des sociétés britanniques qui ont emprunté de l'argent, et dès lors, les prêteurs risquent de subir de plus grosses pertes sur leurs portefeuilles de crédit : c'est ce qui explique que les banques britanniques dévissent, avec Barclays et Royal Bank of Scotland en chute de 16%. Mais la vague touche toutes les banques du continent : chez nous, KBC cède 11% et Ageas (qui a une activité d'assurance importante en Angleterre) perd 8%.

2. Quid de Dexia ?

La banque en résolution est particulièrement sensible aux actifs en sterling. Les expositions de Dexia sur le Royaume-Uni s'élèvent à 26 milliards d'euros. "Ces actifs présentent une très bonne qualité de crédit, étant notés dans la catégorie Investment Grade (investissement avec une bonne note financière, NDLR) à 97%, souligne le groupe ce matin. Ce portefeuille comprend notamment 13 milliards sur le secteur public local et 9 milliards sur des contreparties corporates, notamment des utilities, a priori peu sensibles aux conséquences d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, et des financements de projets, principalement liés au secteur public." Dexia ajoute qu'ayant anticipé le risque d'un Brexit, il s'est "prémuni contre ce scénario et a pris des mesures lui permettant de couvrir ses besoins dans cette devise sur plusieurs mois. Le groupe dispose par ailleurs d'une réserve de liquidité constituée de cash et de réserves éligibles à un refinancement auprès des banques centrales", ajoute-t-il.

3. Qui va tirer les marrons du feu ? Luxembourg ? La City ?

Certains pays ont rêvé de pouvoir profiter d'un Brexit, en attirant chez eux des activités financières qui quitteraient Londres si jamais le Royaume-Uni quittait l'Union européenne. Maintenant que cette hypothèse se réalise, est-ce qu'elle signifie vraiment la mort de la City ? Non.

D'abord pour une raison technique. Comme nous le soulignait récemment Geert Gielens, le chief economist de Belfius, voici quelques jours, "il ne fait pas oublier que beaucoup d'opérations financières sont réalisées sous le régime de la "british law"". La loi britannique est depuis des décennies taillées pour accueillir des opérations financières internationales. Les financiers ne vont pas facilement en changer. Et s'ils voulaient le faire, la loi française ou allemande n'est pas assez internationale pour servir de substitut global, même si Paris, Berlin ou Amsterdam devraient accueillir certaines activités exilées. Seules les lois luxembourgeoise et irlandaise, dans certains domaines comme celui des fonds de placement, peuvent remplacer la british law. Ce n'est d'ailleurs pas un secret : le Luxembourg, éternel rival de Londres, travaille depuis un certain temps sur la meilleure manière de rapatrier chez lui les activités qui ont besoin d'un "passeport européen" qui vont être obligées de quitter la City.

Par ailleurs, la City, toujours très réactive, pourrait profiter du départ de l'Union européenne pour abroger certaines directives jugées restrictives, sur le plan fiscal notamment (celles qui concernent les trusts, les obligations de transparence, les échanges d'informations). Attention cependant, il ne sera pas facile de faire de Londres un nouveau paradis fiscal. Car si l'Europe se veut en pointe dans certains domaines, la lutte pour une plus grande transparence fiscale est menée au sein de l'OCDE, en dehors donc du cadre européen... Le Royaume-Uni ne pourra pas faire n'importe quoi, et les échanges d'informations sous le standard de l'OCDE se poursuivront.

4. Quid du Royaume-Uni ? Et de l'Europe ?

Le vote de ce jeudi est catastrophique sur un plan politique parce qu'il souligne les clivages de la société britannique. Clivages régionaux (Écosse et Irlande du Nord ont voté pour rester dans l'Union, l'Angleterre a voté pour la quitter). Du coup, les Écossais réclament leur indépendance et certains Irlandais militent à nouveau pour la réunification des deux Irlande. Clivage social (ce sont les classes ouvrières et les petites classes moyennes, fatiguées de perdre du pouvoir d'achat, qui ont voté pour l'exit afin de sanctionner des élites qui ne les représentent plus). Et clivage générationnel : alors que trois jeunes Britanniques sur 4 ont voté pour l'Europe, une majorité de 50 ans et plus a voté contre.

Cette situation est évidemment du pain béni pour les partis populistes européens. Et elle laisse craindre que, dans quelques jours, les Espagnols en votant pour une coalition menée par Podemos, ne donnent également mandat à leur élite politique pour négocier de nouvelles conditions d'appartenance à l'Union européenne, allumant une mèche difficile à éteindre : Pologne, Hongrie, Grèce, Chypre... voudront également assouplir certaines clauses, au point que le projet européen ne se délite complètement. Certains disent donc que finalement, ce Brexit est une catastrophe bienvenue, car ce vote britannique oblige désormais à un sérieux remodelage du modèle européen. Deux questions subsistent cependant. Quels leaders politiques auront le courage de remettre l'ouvrage sur le métier ? Et comment convaincre les électeurs européens que l'Europe est la solution, et non le problème ?

 

 

   

Les conséquences du Brexit pour la Belgique et l'UE

23/06/16 à 14:23 - Mise à jour à 24/06/16 à 12:02

Les entreprises belges ont exporté l'an dernier vers la Grande-Bretagne pour 31 milliards d'euros. Si leurs clients devaient sortir du marché unique, cela changerait considérablement la donne.

Les conséquences du Brexit pour la Belgique et l'UE

© AFP

 

Ne vous fiez pas à l'image insulaire : l'économie britannique n'est pas coupée du continent et moins encore de la Belgique. La Grande-Bretagne est en effet le quatrième partenaire commercial de la Belgique, juste après nos voisins immédiats. Les exportations vers ce pays connaissent en outre une belle croissance ces dernières années, croissance portée par le matériel de transport, la chimie et la pharmacie.

Tout cela peut-il s'effondrer avec la victoire du leave, ce 23 juin ? De nombreux analystes ont tenté d'évaluer l'impact économique d'un Brexit. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) figure parmi les plus pessimistes en pointant un ralentissement de la croissance de près de 1 % en Europe et carrément de 3 % en Grande-Bretagne. L'assureur-crédit Eurler Hermes est plus mesuré avec un impact négatif de 0,4 à 0,6 % sur la croissance dans l'Eurozone. Malheureusement pour nous, la Belgique serait parmi les pays les plus touchés (après les Pays-Bas et l'Irlande) et subirait un ralentissement de 0,7 à 1 %, avec une chute des exportations de 2,6 milliards d'euros. "Même si l'impact devait se limiter à 0,1 ou 0,2 %, cela s'ajouterait à une croissance déjà peu dynamique", souligne le commissaire au Plan Philippe Donnay. Quand on plafonne entre 1 et 1,5 %, un petit dixième de plus ou de moins, cela pèse effectivement dans la balance.

 

 
Les conséquences du Brexit pour la Belgique et l'UE

© DR

 

Un référendum et deux ans d'incertitude

Ces chiffres reposent toutefois beaucoup sur une forme d'intuition. Deux années de négociations sont prévues pour déterminer les modalités de sortie, les règlementations, les droits et obligations de chacun. Exemple de "petit détail" amusant à régler : qu'adviendra-t-il des parts de la Grande-Bretagne dans la Banque centrale européenne ? Et si elle reprend ses billes, reprendra-t-elle aussi sa part des dettes grecques ?

Bref, ça va discuter ferme pendant deux ans. Avec sans doute un peu de rancoeur au départ et une volonté de la Commission de créer un exemple pour éviter que d'autres pays ne se laissent tenter par la porte de sortie. "Durant ces discussions, la Belgique pèsera un poids assez faible, craint Philippe Donnay, alors que nous supporterons les conséquences d'un Brexit bien plus lourdement que d'autres." Sur le coup, une alliance Benelux serait très utile...

Ces deux années de négociation pourraient s'avérer plus dramatiques pour l'économie européenne que l'accord qui en sortira, quel qu'il soit. "L'économie a horreur de l'incertitude, confirme Bernard Keppenne, chief economist chez CBC. Nous le voyons déjà aujourd'hui avec la pression sur la livre. En cas de Brexit, les entreprises reporteraient sans doute des décisions d'investissement avant d'y voir plus clair." "Je ne vois pas une entreprise qui ne se pose pas de questions sur ses investissements futurs, confirme Thomas Spiller, président de la Chambre de commerce britannique en Belgique. Même en cas de maintien dans l'Union, ce que nous souhaitons, l'interrogation subsiste : l'Europe repartira-t-elle sur un business as usual ou d'autres pays demanderont-ils des clauses particulières, comme la Grande-Bretagne en a obtenues ? C'est un autre facteur d'incertitude qui pèse sur l'économie européenne."

Le retour des droits de douane ?

En dépit de cet horizon incertain, observons quelques conséquences prévues d'un Brexit. D'un point de vue très terre à terre, il y aurait le départ d'eurocrates britanniques qui vivent et consomment à Bruxelles. Cela peut avoir un impact sur l'économie de la capitale mais, en termes de PIB, on reste dans l'anecdotique à moins d'un important effet d'entraînement à la baisse dans l'immobilier.

Au-delà, la première interrogation concerne bien entendu les exportations. "A court terme, il y aura peut-être un peu d'attentisme mais, très vite, les flux commerciaux installés depuis des siècles entre l'Angleterre et le continent vont reprendre", répond avec optimisme Pascale Delcomminette, directrice de l'Agence wallonne à l'exportation (Awex). La question est plutôt : ces flux reprendront-ils sous les mêmes conditions ? La sortie du marché unique implique une négociation sur les futures règles douanières, tarifaires, réglementaires et autres, comme c'est le cas avec les Etats qui ne sont pas membres de l'Union. Il existe alors une taxe à l'entrée sur le marché unique. Elle est modulée selon les produits et les pays. C'est clairement du sur-mesure, qui dépend de la négociation bilatérale. Souvent, on parvient à s'accorder sur un taux zéro mais le taux effectif moyen est de 2 % pour les produits manufacturés et de 2,48 % pour les produits pharmaceutiques, le secteur numéro 1 des exportations wallonnes...

La pression attendue sur la livre sterling en cas de Brexit pourrait aussi infléchir les échanges entre le Royaume-Uni et le continent. "Les prix vont monter un peu pour les entreprises et/ou pour les consommateurs, mais je ne pense pas que cela aura un impact gigantesque sur l'économie et sur les exportations", relativise Geert Gielens, chief economist chez Belfius.

Les Britanniques, qui n'ont eu de cesse de pester contre les réglementations diverses qui entravent le libre-échange, ne devraient pas non plus se muer du jour au lendemain en champions des tracasseries administratives. "Ils ont un besoin vital de ces échanges, je ne vois pas comment ils pourraient mettre en place des mesures protectionnistes", estime Pascale Delcomminette. C'est d'autant plus vrai que les chaînes de production sont très intégrées. Il y a, dans les exportations belges, pas mal de composants importés de Grande-Bretagne et d'ailleurs (80 % de nos exportateurs utilisent des produits importés). Personne n'a donc intérêt à ce que de telles chaînes internationales ne soient brusquement coupées.

Introduisons ici un petit bémol belge : quand vous expurgez du calcul les étapes d'import-export sans réelle valeur ajoutée dans le pays (un bien intermédiaire est simplement inséré dans la chaîne de production), quel est le secteur économique qui présente la balance commerciale la plus positive avec le Royaume-Uni ? L'alimentation. Avec un gain net de 1,2 milliard en 2015, elle drible les transports, l'industrie du plastique, la pharma et les autres. Or, s'il existe un secteur friand de normes réglementaires, c'est bien celui-là (n'est-ce pas l'Afsca ? ). Qui plus est, l'Angleterre aura sans doute envie de protéger ses producteurs qui n'auront plus accès aux subsides de la politique agricole commune. "En cas de Brexit, nous aurons donc intérêt à tenir à l'oeil le sort du secteur de l'alimentation", résume Geert Gielens.

Sièges sociaux : Bruxelles plutôt que Londres ?

A côté des exportations, il y a l'accueil des investisseurs étrangers. L'an dernier, les investissements directs de Britanniques en Belgique s'élevaient à 4,4 milliards d'euros, selon la BNB. Le baromètre annuel de l'attractivité de la Belgique, réalisé par E&Y, avait montré l'an dernier une nette accélération du nombre d'investissements britanniques dans notre pays : avec 18 dossiers, ils réalisent leur meilleur chiffre en 10 ans et rejoignent l'Allemagne et les Pays-Bas sur le podium (derrière les Etats-Unis et la France). Il n'y a a priori aucune raison qu'un Brexit freine ces flux ou ne pousse des groupes comme GSK, Shanks, Mc Bride ou autres à retirer leurs billes de notre pays.

Au contraire : des groupes actifs en Grande-Bretagne pourraient si pas délocaliser, à tout le moins privilégier le continent pour de futurs investissements afin de disposer d'une implantation au sein du marché unique. La Belgique et Bruxelles en particulier disposeraient alors de beaux atouts pour attirer des entreprises actives dans les services, la consultance, le droit... C'est nettement moins vrai dans l'industrie. " Avec les prix de l'énergie et de la main-d'oeuvre chez nous, je ne vois pas quelle carte nous pourrions jouer dans ce cadre, explique Bernard Keppenne. Soixante pour cent des voitures produites en Grande-Bretagne sont exportées dans l'Union. Si certaines usines sont délocalisées, ce sera plutôt vers des pays comme l'Espagne, la Pologne ou la Tchéquie." Une telle évolution aurait un impact négatif sur l'activité de nos ports.

L'un des moteurs de l'économie britannique est localisé à la City. "Beaucoup de banques non européennes y sont installées et utilisent ensuite le passeport européen, rappelle Geert Gielens. En cas de Brexit, elles risquent de chercher un autre port d'attache. La Belgique n'a toutefois pas grand-chose à espérer ici, au contraire de Francfort et Paris, voire Amsterdam. "Il faudra voir aussi si le gouvernement britannique, très critique envers la régulation européenne, n'en profiterait pas pour assouplir les règles à Londres afin de capter une partie de l'activité financière, nuance Philippe Donnay, qui juge par ailleurs la City suffisamment forte pour résister seule. Il ne serait pas exclu, dans ces circonstances, que des sièges sociaux de multinationales basculent vers Londres."

Cela ne ferait que s'inscrire dans une tendance bien réelle puisque le Royaume-Uni était déjà la destination favorite pour l'installation d'un siège social en Europe dans le dernier baromètre de l'attractivité réalisé par E&Y. Si les prescrits européens devaient, au contraire, pousser les entreprises à implanter leur siège social au sein de l'Union, Bruxelles aurait une belle carte à jouer. C'est le pari de la secrétaire d'Etat bruxelloise au commerce extérieur, Cécile Jodogne (DéFI). "Londres est un concurrent direct de Bruxelles, notamment pour attirer des investisseurs indiens ou chinois qui y pensent spontanément pour implanter un QG européen. En cas de Brexit, Londres perdra forcément de l'attractivité. Bruxelles sera alors en bonne place pour les accueillir. "

L'Ecosse et l'effet domino

Enfin, il faudra mesurer l'impact politique d'un Brexit. D'une part sur le fonctionnement même des institutions et leurs priorités d'action. " L'Angleterre, c'est la locomotive pro-business au sein de l'Union européenne, estime Thomas Spiller. C'est elle qui se bat pour modérer les réglementations. Le monde des entreprises en a donc besoin au sein de l'Europe."

D'autre part, sur le comportement des autres pays. On l'a vu, certains pourraient exprimer aussi des velléités de départ. Mais, le risque existe aussi au sein du Royaume-Uni. Il est parfaitement envisageable que l'Ecosse refuse le Brexit et choisisse la voie de l'indépendance pour rester membre de l'Union. "Il faudrait sans doute gérer ensuite d'autres demandes, celle de la Catalogne par exemple, redoute Bernard Keppenne. Cela conduit à des interrogations sur le positionnement des régions. Et, bien entendu, nous pensons alors à la Belgique." "Une nouvelle période d'incertitude - celles que l'économie n'aime pas - s'ouvrirait alors pour l'Europe, ajoute Philippe Donnay. Avec l'intégration économique et monétaire, on avait voulu diminuer les primes de risque dans le commerce européen. Tout cela risque d'être mis à mal."

 

 


24/06/2016
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