GRAAL -ARTHUR-EXCALIBUR - PAIX-LIBERTE-AMOUR DIVIN

L’ordre maçonnique doit être veilleur autant qu’éveilleur

https://freimaurerei.ch/fr/lordre-maconnique-doit-etre-veilleur-autant-queveilleur/?fbclid=IwAR3AWH286pTx0uEaDYeFnO4qhoiPwM-qZ_JEWSk2VKmfsow2vv1KNLE24W8

 

«L’ordre maçonnique doit être veilleur autant qu’éveilleur»

 

Entretien avec Bruno Etienne, homme aux multiples facettes

(Revue maçonnique suisse: octobre 2004)

Le 12 juin dernier, invité par le Groupe de recherche Alpina, Bruno Etienne donnait une conférence à Lausanne devant un public nombreux et attentif. L’anthropologue renommé, auteur d’une bibliographie considérable, membre de la loge «Règle et Liberté» à Aix-en- Provence (GODF), s’exprimait sur la problématique de la tolérance de la franc-maçonnerie visà- vis des religions et du pluralisme. Nous l’avions rencontré la veille pour l’entretien qui suit afin d’en savoir davantage sur lui, couvert de titres et de distinctions, entre autres docteur en droit et agrégé de science politique, directeur de l’Observatoire du religieux et membre de l’Institut Universitaire de France, chevalier de la légion d’honneur.

Alpina: Tu affirmais il y a quelque temps que la franc-maçonnerie doit se situer dans le champ religieux, affirmation que d’aucuns trouveraient surprenante, non?

Bruno Etienne: Pourquoi le serait-elle? Cela dépend comment l’on définit le mot religion. Il est banal de rappeler qu’étymologiquement il signifie relier. Or, lorsque l’on consulte les Constitutions d’Anderson il est bien dit que la maçonnerie relie entre eux des hommes qui autrement ne se seraient jamais rencontrés. Mais la vraie question est qu’en Occident et plus particulièrement en Europe on confond souvent religion et Eglise catholique, or pour l’anthropologue le champ religieux se conçoit de façon beaucoup plus large que par le simple fait qu’il existe une divinité ou une Eglise institutionnalisée. Il s’agit plutôt de savoir quelle est la conception qu’un groupe donné a de la place de l’homme dans le cosmos. Dès lors on parlera plus volontiers de cosmogonie. On peut ainsi mettre dans le champ religieux de nombreuses activités humaines qui n’apparaissent pas comme étant liées à une divinité et à une Eglise uniques. Nous aurons un ensemble de pratiques productrices de sens pour le groupe qui y adhère, et dans ce domaine la maçonnerie avec ses rites et symboles correspond parfaitement à cette définition.

A.: L’athéisme serait par conséquent inconcevable?

B.E.: L’athéisme n’existe pas. D’abord, si je me déclare athée je me situe déjà par rapport à theos. Si je me dis agnostique confessionnel, alors je considère comme équidistantes toutes les formulations que l’homme propose pour répondre à son angoisse métaphysique et là nous sommes à nouveau dans le champ religieux.

A.: Comment déterminer, en tant qu’anthropologue, l’adjectif «initiatique » aujourd’hui mis à toutes les sauces?

B.E.: Pour mes confrères et moi il est très précis. J’ai travaillé sur environ quatre-vingt sociétés, confréries, corporations, ordres initiatiques dans un assez large éventail de pays. On constate que le processus initiatique est le même partout. L’initiation est en premier lieu un changement d’état, l’ego n’est plus identique à ce qu’il était après ce mécanisme, il devient à la fois un «moi» et un «nous». Dans toute l’anthropologie connue, actuelle ou historique, il y a constamment dix à onze caractéristiques incontournables du processus initiatique, seules changent les formes culturelles que prennent les étapes. Celui de la francmaçonnerie est archétypal et paradygmatique, donc il est exact.

A.: Comment envisagestu l’avenir de la maçonnerie dans cette Europe qui se construit, péniblement mais se construit quand même?

B.E.: La manière dont je la vois ne correspond pas au chemin qu’elle prend. Il est à mon avis nécessaire qu’en cette période de mondialisation et de matérialisme, abject dans l’individuation absolue, que la maçonnerie soit ce que les Anciens nommaient une «vigilance», notre ordre doit être un veilleur et un éveilleur, quelles que soient les formes qu’il prendra dans son organisation et les conditions dans lesquelles se bâtit l’Europe. Nous avons à dire que le monde est aussi spirituel, la transcendance n’a pas disparu, nous avons à dire que l’homme peut aussi se réaliser par l’ascèse, le travail sur soi. Si chacun édifie son temple intérieur la maçonnerie ira mieux et ainsi l’environnement où elle existe.

A.: Quelle est l’origine de ton intérêt pour l’islam qui t’a conduit à écrire plusieurs ouvrages remarqués sur le sujet?

B.E.: La raison en est fort simple, je suis d’une génération de guerres coloniales donc en 1959 je suis parti en Algérie. J’y ai appris l’arabe et soutenu l’une des premières thèses sur l’indépendance de ce pays, où je suis resté jusqu’en 1974 après avoir occupé différents postes. J’ai ensuite été nommé professeur à Casablanca, au Caire, à Istanbul. Est-ce hasard, nécessité, baraka?

A.: As-tu un jardin secret?

B.E.: Les arts martiaux, que je pratique depuis l’âge de quatorze ans. Je suis actuellement 4e dan de karaté. Etant donné ma spécialité je suis assez souvent invité dans des universités japonaises. Deux fois l’an je rends visite à mon vieux maître de karaté-do Mabuni Ken’ei au Japon, dont je pratique la langue. Je lui ai fait écrire ses Mémoires et elles viennent d’être publées chez Dervy, à Paris, sous le titre La voie de la main nue. Tous mes travaux d’anthropologie se trouvent confirmés par ce Monsieur, il arrive au même résultat qu’un Saint Jean de la Croix sur les plan spirituel et cosmologique. Le karaté est pour moi l’autre voie initiatique.

A.: Parles-nous de l’Ordre maçonnique de La Fayette, décerné pour la deuxième fois cette année, et dont tu as été récemment le récipiendaire?

B.E.: J’ai quarante-cinq ans de maçonnerie et j’ai accompli tout le parcours. Aujourd’hui je suis l’aumonier de mon atelier. J’ai reçu cette distinction devant le Conseil de l’Ordre parce que le Grand Maître Alain Bauer a estimé que j’avais fait du bon travail.

A.: À propos de travail, à quoi te consacres-tu à présent?

B.E.: J’ai deux thèmes en chantier, le premier: une étude comparative sur le statut des cultes en Europe, le second: les Français et le pluralisme religieux.



30/07/2019
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 155 autres membres