GRAAL -ARTHUR-EXCALIBUR - PAIX-LIBERTE-AMOUR DIVIN

Sur les pas de la Porte du Ciel Pierre Plantard

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Sur les pas  de               Pierre Plantard

(2e partie)

La Porte du Ciel

« Tout lieu possède son originalité. Certains  d’entre eux, appelés hauts-lieux, sont ainsi nommés […] parce qu’ils dégagent  une sorte d’énergie spirituelle qui les rend aptes à devenir des lieux de  méditation et d’éveil pour ceux qui les fréquentent. On pourrait dire qu’ils  sont de « qualité divine ». Les Vieux Romains disaient déjà que  certains lieux où l’on se sent enveloppé d’une mystérieuse présence étaient  habités par une entité qu’ils appelaient le génie du lieu. »1

C’est en pèlerin  que je suivis les pas de Pierre Plantard de Saint Clair. Et mon pèlerinage me  ramena tout naturellement au pays de Brocéliande où Pierre Plantard passa une  partie de sa jeunesse au Manoir du Tertre, sous l’égide, nous le savons  maintenant, de Geneviève Zaepffel.

Brocéliande… pays  des légendes arthuriennes… pouvait-on imaginer meilleur endroit pour y passer  son enfance ? Ici, le temps n’a pas de prise. Histoire et légendes se  mêlent pour nous replonger dans nos racines, nous rapprocher de nos ancêtres, aux  temps où nous vivions encore en harmonie avec notre mère, la Terre…

Traversant les  landes désertes, je fus comme reconnecté en un instant avec nos origines. La  présence de l’homme était ici discrète, moins envahissante... Le lien fragile  entre l’homme et la nature n’était pas encore rompu et on sentait, qu’en ce  lieu, opérait toujours la magie des anciens. En cet endroit privilégié, tout  pouvait arriver et la frontière avec l’Autre Monde était si mince que l’imprudent  aurait pu la franchir sans même le réaliser… Seuls les chants des oiseaux me  sortaient de ma torpeur. Je reconnus alors en eux les messagers de celle que  j’étais venu chercher…

Mais je fus vite  rappelé à la réalité : à ces chants se mêlait à présent la douce  plainte de la terre. Tels des clous plantés dans la chair de leur Christ  rédempteur, les croix et calvaires, innombrables, graines de la folie  dévastatrice des hommes, me rappelaient le mal qu’ils avaient répandu sur la  terre. Ils avaient renié leur mère puis s’en étaient pris à leurs frères. Au  nom de quel Dieu pouvait-on justifier autant de cruauté ?

Je baissai la tête  humblement tandis que la forêt s’ouvrait devant moi pour m’inviter à entrer et  rencontrer la gardienne de ces lieux. Me jugerait-elle digne de connaître ses  secrets ou me condamnerait-elle au contraire au nom de ses persécuteurs ?

Qui a pénétré la  forêt de Paimpont en garde un souvenir impérissable. Nulle autre forêt ne  ressemble à celle-ci. Chênes et hêtres rivalisent ingénieusement pour arriver à  percer la canopée. Qui peut dire combien de générations d’hommes ils ont vu. Le  contraste avec les landes est frappant. La forêt s’étend à perte de vue. Pas  étonnant qu’on ait choisi ce lieu pour correspondre avec la forêt de  Brocéliande des légendes arthuriennes…

 
 
Le chêne à Guillotin et le chêne des Hindrés - Hemeac  ©

Et voilà que soudain,  une ombre enveloppa la forêt. Elle passa aussi vite qu’un souffle brûlant se  répandit tout alentour. Je crus distinguer un bref moment le Serpent Rouge… Me poursuivait-il ?  Mais il s’agissait cette fois d’un dragon… rouge, terrible et majestueux. Je m’attendais  à voir aussitôt surgir un deuxième dragon, blanc, quant à lui ! Je savais  que de la rencontre des deux résulterait un épouvantable combat à mort dans  lequel Merlin avait vu, autrefois, la perte du roi Vortigern et l’avènement  d’Uther Pendragon, le père du fameux roi Arthur. Le dragon rouge figure aussi  sur le drapeau du Pays de Galles, comme pour nous rappeler que la légende  d’Arthur est originaire de Cornwall et du Pays de Galles, partageant avec la  Bretagne armoricaine, leur voisine, ce qu’on appelle la « Matière de  Bretagne »2. Cette  « Matière » dont Henri II Plantagenêt fut l’un des fervents  promoteurs à travers, notamment, les romans arthuriens. L’empire Plantagenêt, à  son apogée, s’étendait alors à la Bretagne et à l’Anjou, toutes deux reliées,  dans la légende, au lignage du Graal. Les Plantagenêts étaient-ils, comme ils  le prétendaient, les héritiers d’Arthur ? Sous l’impulsion d’Henri II,  Glastonbury deviendra même le lieu de repos de Guenièvre et d’Arthur… dans  cette même abbaye où la tradition nous dit que Joseph d’Arimathie fut le  premier évêque.

Joseph d’Arimathie aurait  apporté le Graal lors de sa venue en Gaule avec la « fratrie de  Béthanie » et aurait ensuite fondé l’Eglise orthodoxe celte. Le Graal  deviendra alors l’objet de quête de tous les chevaliers de la Table  ronde ! Et c’est à Brocéliande qu’ils viendront le chercher…

Ici, c'est saint Michel qui s'y frotte - Hemeac  ©

Il s’agit  d’un vitrail de l’église Saint-Pierre de Sérent, ville dans laquelle, selon une  légende, sévissait une bête monstrueuse, la Drague, avant qu’elle ne fût tuée  par l’un des seigneurs de Sérent.

La tradition,  toujours, prétend que Joseph d’Arimathie aurait séjourné quelques temps dans la  forêt de Brocéliande. Et l’abbé Gillard, dont nous reparlerons, dira de  lui : « Muni de ce qui constituait son unique trésor, il s’en alla  évangéliser les Bretons, il traversa la forêt de Brocéliande avec le  Saint-Graal. »3 Curieusement, Jean Markale (considéré comme l’héritier spirituel de Gillard)  relèvera non sans humour une remarque que lui fit Geneviève Zaepffel lors de sa  visite au Manoir du Tertre : « […] elle me montra avec  enthousiasme le superbe escalier en bois du XVIIe siècle qui s’y trouve en me  disant : "Monsieur, c’est sur cet escalier que Joseph d’Arimathie, venant de  Palestine et se dirigeant vers la Bretagne, est passé en tenant le Saint-Graal  entre ses mains". »…4

L'escalier en bois vu à travers le miroir où Geneviève Zaepffel eut également sa vision de Judicaël - Hemeac  ©

Il existe encore  d’autres traditions qui affirment que Jésus aurait accompagné, enfant, Joseph  d’Arimathie en Grande-Bretagne5.  Et qu’il y aurait rencontré certains druides… Ne disait-on pas de lui qu’il  était le Grand Druide Galiléen ? On peut aussi imaginer qu’il rendait  simplement visite à sa grand-mère maternelle, Anne, dont les Bretons ont fait  leur patronne. Elle serait revenue terminer sa vie en Bretagne… Derrière sainte  Anne, on devine bien sûr la Grande Déesse Mère des Celtes, Dana ou Ana.

J’interrompis brusquement  mes pensées. Je venais d’arriver à destination. Je reconnus alors la verdoyante  colline sur laquelle se dressait fièrement le manoir du médium.

Le manoir du Tertre - Hemeac  ©

 

 
 
Le manoir et l'auge de pierre ayant servi, selon la légende, de baignoire à la fée Viviane - Hemeac  ©

Je resongeai alors  à Geneviève Zaepffel… Elle était en étroite relation avec tous les abbés du  coin. A quelques kilomètres, de l’autre côté de la forêt, vivait l’abbé Henri  Gillard, recteur de Tréhorenteuc. Zaepffel le connaissait bien : celui-ci,  vivant pauvrement, elle venait régulièrement lui apporter un panier de  provisions. Or, notre abbé n’était pas un homme ordinaire. D’ailleurs,  Brocéliande n’aurait pas, aujourd’hui, le visage qu’on lui connaît sans les  efforts de ce singulier personnage. Car, s’il fut en ce XXe siècle un chevalier  du Graal, ce fut bien indubitablement Henri Gillard !

Comment vous présenter ce personnage ?... L’abbé  Gillard…

Statue en hommage de l'abbé Gillard devant l'église du Graal - Hemeac  ©

Pour faire écho à  Rennes-le-Château, certains ont cru bon de le comparer à l’abbé Saunière.  Certes, la démarche de ses deux abbés peut sembler similaire. En effet, les  deux ont rompu avec certaines traditions religieuses pour s’engager dans une  autre voie. On ne parle pas de Bérenger Saunière sans évoquer sa curieuse  église. Pour Henri Gillard, il en va de même : son « église du Graal »  fait la curiosité de Tréhorenteuc. Mais ici, les motivations ne sont pas les  mêmes…

L’abbé Gillard,  donc, est né en 1901, à Guégon, dans le Morbihan. Il est ordonné prêtre en  1924. Il fut d’abord professeur avant d’être vicaire. Jusque-là, rien  d’extraordinaire… C’est à partir de 1942 que notre abbé va commencer à se faire  remarquer. De 1942 à 1962, l’abbé est nommé recteur de Tréhorenteuc.  Tréhorenteuc est alors loin d’être un endroit attrayant pour un abbé comme  Henri Gillard. La population est désespérément faible (la commune est en effet  la moins peuplée du département) et sa paroisse est considérée comme le  « pot de chambre du diocèse »6.  Et que dire de l’église ? Pour le coup, on peut imaginer la même  déconfiture sur le visage de l’abbé Gillard que sur celui de l’abbé Saunière  découvrant l’église de Rennes-le-Château !

Mais notre abbé ne  se laisse pas démonter et entreprend lui-même la restauration de cet édifice  délabré. Comment s’y prend-il ? Il retrousse ses manches et se met à la  tâche ! Il travaille ardemment et vide ses poches pour financer les  travaux de rénovation de son église. Mais l’abbé est pauvre et les fonds  viennent vite à manquer. Qu'à cela ne tienne ! Henri Gillard fera appel aux  bonnes volontés. Et s’il le faut, il réquisitionnera ! C’est un homme  déterminé et autoritaire. Il recrutera également deux prisonniers de guerre,  par la suite, qui s’attèleront à l’ornementation et la décoration de l’église.  Ils laisseront leurs souvenirs figés dans les traits de certains personnages de  leurs représentations… Quelques dons bienvenus aideront aussi à l’œuvre de  l’abbé. Ainsi, Eugénie Bohelay, sa marraine, lui fera don de l’héritage de son  fils, tué pendant la guerre. En remerciement, Henri Gillard la fera représenter  au bas du grand vitrail du chœur.

Le grand vitrail et son importance symbolique - Hemeac  ©

Au centre de la scène, nous  redécouvrons Joseph d’Arimathie aux pieds du Christ. La coupe verte est bien  sûr le Graal7, thème majeur de  l’église.

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Je laisserai le  soin à Jean Markale de nous décrire l’église de Tréhorenteuc : « L’église  de Tréhorenteuc est un monument exceptionnel. Sans grande valeur  architecturale, bâtie de schiste rouge, restaurée à plusieurs époques, cette  église est en effet un véritable petit musée de la Table Ronde et du  Saint-Graal. Le petit porche latéral sud est surmonté de cette étrange  inscription : « la porte est en dedans ». C’est une invitation à  ne pas se contenter des apparences et à aller toujours au plus profond des  réalités essentielles. C’est dire le souci manifeste de donner à l’ornementation  intérieure un sens symbolique. »4

La modeste "église du Graal" - Hemeac  ©

 
 

L'intérieur de l'église où se mêlent christianisme, légendes arthuriennes et traditions celtiques... - Hemeac  ©            

Mais qu’est-il passé par la tête de l’abbé ?  Pourquoi se mettre à dos l’Eglise en transformant le temple de Dieu en  sanctuaire païen (ce qui semble un juste retour des choses, non ?) ?  En bousculant les conventions religieuses habituelles ?

Il semble bien que  la magie du pays de Brocéliande opère quelques transformations dans les consciences  de ses habitants, quand bien même ceux-ci sont des prêtres… L’abbé Gillard semble,  en effet, avoir été en contact avec un petit cercle d’autres abbés aux  motivations, on va dire, pas toujours très catholiques…

L'invitation à entrer de l'abbé Henri Gillard  - Hemeac  ©

Henri Gillard était un visionnaire. Nul doute que  Tréhorenteuc serait demeurée dans l’ombre sans son action. Face au désespoir  d’attirer de nouvelles ouailles dans son église désertée, il eut une  idée : exploiter le légendaire de Brocéliande… Et voilà que notre abbé  s’active comme un diable (!) pour redonner vie aux légendes arthuriennes  entourant la forêt. Par chance, Tréhorenteuc est nichée au cœur des légendes,  tout près de ses fées et de ses chevaliers…

En effet, accolée à la petite commune, le Val sans  retour et ses nombreuses histoires accueillent les nombreux touristes et  curieux venant chaque année découvrir la richesse du pays. N’est-ce pas dans le  Val sans retour (ou la Vallée du Rauco) que la fée Morgane emprisonne les  hommes infidèles ? Ne peut-on pas traverser le Miroir aux fées pour  parvenir à l’Autre Monde ? N’y trouve-t-on pas encore le Siège de Merlin  ou l’Hostié de Viviane (autrefois le « Puits sainte Catherine »)  ?

 
 

Le Miroir aux Fées et la fontaine de Barenton, haut lieu sacré de la forêt de Brocéliande  - Hemeac  ©            

L’ancien  nom de la fontaine aurait été Belenton,  ce qui est la contraction de Bel-Nemeton,  la « clairière sacrée de Bel », Belenos étant l’une des  manifestations divines des Celtes.

La fontaine  de Barenton, proche de la commune de Concoret participe aussi de la réputation  de sorciers des habitants de cette ville. Son personnage le plus représentatif  étant un certain Eudon dit Eon de l’Etoile, né dans la paroisse de Concoret,  vers le XIIe siècle. On sait peu de choses de sa vie sinon qu’il fut moine et  qu’il se mit soudain à prêcher une religion toute autre, entraînant dans son  « hérésie » ses frères du prieuré du Moinet.

Le lac de la fée Viviane à Concoret à côté du château de Comper - Hemeac  ©

On donna un  nom à cette « hérésie » : l’Eonisme ou l’Etoilisme. Nul ne peut  dire à quoi elle ressemblait sauf qu’elle devait se rapprocher des anciens courants  gnostiques. Jean Markale voit en lui « l’un des derniers druides de  Brocéliande ».

C’est un  personnage fascinant dont l’histoire a certainement beaucoup à nous raconter…  L’Eglise le persécuta et saint Bernard le condamna comme hérétique. C’est ainsi,  hélas, que terminaient beaucoup de visionnaires…

Eon de l'Etoile représenté sur un des tableaux de l'Eglise du Graal - Hemeac  ©

On lui prêtait certains  pouvoirs magiques et l’histoire racontait qu’il avait amassé un important  trésor… ; derrière lui, l’église Saint-Léry qui conserve encore quelques  éléments de la chapelle rasée du Moinet. Son surnom  de l’Etoile proviendrait du passage de la comète de Halley en 1145. La comète  est d’ailleurs visible sur le blason de Concoret. Curieuse  anecdote : le 19 juillet 2011, le Planétarium de l'Espace des Sciences de  Rennes enregistre un évènement étrange :  vers 5h20 du matin, une météorite finit sa course à Néant-sur-Yvel, une ville  voisine de Concoret. La ville s’appelait juste Néant avant qu’on ne lui ajoute  « sur-Yvel ». Or, Néant signifie, en breton (Neñv),  « Les Cieux », « Le Paradis »…

Rennes-les-Bains a  son cromleck, Brocéliande possède  également ses nombreux mégalithes servant eux aussi désormais les légendes  arthuriennes. Dolmens et menhirs se transforment tour à tour en amants  pétrifiés, en tombeaux de fées… Henri Gillard réalise la richesse que peut lui  apporter un tel support pour son église spirituelle. Il se sert alors du  tourisme pour attirer de nouveaux visiteurs. Il se métamorphose en véritable  guide, n’hésitant pas à emmener des groupes sur les hauteurs du Val afin de  leur faire découvrir les légendes de Brocéliande. Son sanctuaire est un passage  inévitable !

Il se met aussi à  organiser des évènements de grande ampleur afin, toujours, d’attirer le plus de  monde et de faire connaître son œuvre. Le 29 juillet 1951, l’abbé Gillard organise  une grande cérémonie druidique à Tréhorenteuc et au Val. Il s’agit de la Gorsedd Digor. Un cromlech est aménagé  pour accueillir la cérémonie. Le père Alexis Presse est présent (il se fera  introniser à cette occasion). La druidesse Angèle Vannier également. L’abbé  peut être ravi ! L’évènement restera dans les mémoires et participera lui  aussi au regain touristique. Le mouvement breton en profitera aussi pour faire  « peau neuve ». Sa notoriété s’était trouvée quelque peu entachée  après la guerre à cause de certains de ses membres…

L’abbé Gillard  s’éteignit le 15 juillet 1979, à Sainte-Anne d’Auray. Le 18 juillet, il fut  inhumé dans son église où il repose désormais. Ce qui n’est pas courant…  Surtout quand on pense aux relations houleuses qu’il entretenait alors avec son  évêché. Celui-ci, consterné par ses activités peu orthodoxes, avait décidé, en  1962, de l’écarter de Tréhorenteuc. Il ne restera jamais bien éloigné de son  église toutefois, mais, comme Bérenger Saunière, il sera privé de son seul  objet de dévotion…

D’un « trou  perdu », il a fait un haut lieu touristique visité par des personnes du  monde entier. Tréhorenteuc y a gagné une grande notoriété et l’abbé y a trouvé  l’immortalité…

. . .

Je songeai à tout  cela en sortant de l’église de Tréhorenteuc et, m’arrêtant un moment devant la  statue d’Henri Gillard, me rappelai qu’on m’avait parlé d’autres abbés de son  entourage qui méritaient également mon intérêt…

Je pris résolument  la direction de Néant que je savais être à quelques kilomètres seulement de  Tréhorenteuc. Il y avait là un autre abbé, Emmanuel Rouxel qui n’ignorait pas  les motivations de Gillard. Certes, l’église était plus  « conventionnelle ». Mais on y décelait ici et là quelques touches de  notre homme…

 
 
Les 2 mosaïques de Saint-Pierre de Néant - Hemeac  ©

Le cerf blanc renvoie à la grande  mosaïque de l’église du Graal (pour la symbolique de l’œuvre de l’abbé Gillard,  je conseille L’église du Graal d’Elisabeth Cappelli et Alain Gérardin (disponible au centre d’initiative de  Tréhorenteuc).

Rouxel était sans  doute influencé par l’abbé Gillard. Ce dernier lui aurait conseillé de  remplacer un ancien vitrail par une mosaïque de Xavier Langlais. Ce fut encore  Gillard qui donna les instructions de l’exécution de l’œuvre. On retrouve  toujours la coupe verte, le saint-Graal, cher à Gillard.

Xavier Langlais  n’était pas non plus un inconnu. Il avait déjà, lui-même, publié plusieurs  ouvrages sur le Graal. Né en 1906 à Sarzeau (autre lieu d’importance !),  l’artiste s’intéressait notamment beaucoup au nombre d’or. On le trouve, par  exemple, dans la réalisation de la mosaïque dont je viens de parler !

Hemeac  ©

On retrouve  également le nombre d’or inscrit dans l’église de Tréhorenteuc pour nous  rappeler que celui-ci entre dans la composition de l’œuvre de son abbé… A ce propos,  Henri Gillard était passionné par les nombres ; il écrira à ce  sujet : La mystique des nombres dans  les Beaux-Arts.

Autre curiosité (du  hasard ?) : Xavier Langlais était le petit-fils d’Amédée de  Francheville, maire de Sarzeau. Celui-ci acquit la propriété de la maison  d’Alain-René Le Sage, mort en 1747. Alain-René Le Sage, né également à Sarzeau,  n’est pas inconnu des chercheurs de Rennes puisqu’il est l’auteur du Diable boiteux ! Amédée… Diable boiteux… Asmodée… Vous  suivez ? Et Amédée n’était-il pas aussi le nom de scène de Philippe de  Chérisey ?

Je rouvrai les yeux  à cet instant, juste à temps pour redresser mon volant avant que mon véhicule  ne vienne heurter l’hêtre qui s’était penché sur le côté. Hêtre ou ne pas  hêtre ? Telle fut ma question sur le moment…

Reprenant mes  esprits, je décidai qu’un café ne serait pas de trop avant de poursuivre ma  quête. J’avais dépassé le château de Trécesson et regrettai de m’être assoupi.  Peut-être aurais-je pu croiser sa Dame Blanche faisant de l’auto-stop ? Un  brin de compagnie n’aurait pas été désagréable et m’aurait permis de rester  éveillé !

J’arrivai ainsi à  Campénéac et m’arrêtai près de son église… que je ne pus m’empêcher de visiter.  Mais quelle ne fut alors ma surprise… ! Asmodée, se tenait là, devant moi,  me regardant d’un air interrogateur… L’avais-je invoqué tout à l’heure ?  Où avais-je franchi une « porte » me menant à Rennes-le-Château ?

Le diable soutenant la chaire de l'église de Campénéac  - Hemeac  ©

Désorienté, je  sortis et décidai de vérifier ma prochaine destination. Gillard… Rouxel… Qui  était le troisième abbé déjà ? Ah oui, il s’agissait de l’abbé Auguste  Coudray ! Ce que je ne savais pas encore, c’est que ce personnage allait  m’emmener très loin sur de nouveaux sentiers… J’avais, jusqu’ici, suivi la  piste du Graal. Je devais fatalement rencontré, à un moment, ses plus fervents  gardiens : les Templiers !

Les Templiers ont  toute mon admiration. Probablement aussi en partie du fait que l’Eglise s’est  retournée contre eux ! Pour justifier leur extermination, on n’a pas  hésité à les envelopper d’une aura maléfique. C’est en Bretagne qu’ils ont la  pire réputation… Ici, on les nomme les « moines rouges ». Ce sont des  damnés dont les méfaits n’ont pas de limites ! (la bêtise non plus,  d’ailleurs !).

« Ils ont été brûlés vifs, et leurs cendres jetées  au vent ; leur corps a été puni à cause de leur crime. »9

« Pourquoi les  « moines rouges », qui ne paraissent pourtant pas avoir été  impopulaires aux XIIe et XIIIe siècles, sont-ils devenus dans la tradition de  véritables agents du diable, contraints d’errer après leur mort en punition de  leurs péchés, des sortes de vampires poursuivant les voyageurs et entraînant  les pêcheurs en enfer ? S’il y a une mythologie templière, c’est  assurément en Bretagne qu’il faut aller la chercher. »10

Les "moines rouges" dans la chapelle Sainte-Catherine de Lizio - Hemeac  ©

Les Templiers se sont très bien implantés en Bretagne,  peut-être trop au goût de certains qui ont voulu minimiser leur influence dans  cette province. Du temps des Plantagenêts, leur puissance est alors au sommet.  Ils bénéficient, en outre, de nombreuses donations en terres qui favorisent  rapidement leur expansion. La commanderie la plus importante est alors celle de  la Guerche. Ensuite vient celle de La Nouée. Puis, Carentoir et La Feuillée.  Nantes possédait également une importante commanderie délimitée par celle de  Clisson au sud et celle des Biais dans le Pays de Retz.

Il n’y a qu’à visiter la Bretagne pour se rendre  compte que leur présence était bien réelle et bien ancrée. Malheureusement pour  eux, ils subiront le même sort que leurs compatriotes. Le 3 mars 1308, leurs  possessions en Bretagne sont saisies et finiront entre les mains des  Hospitaliers. C’est un moindre mal…

En Bretagne, les Templiers ont profité d’un terreau  culturel particulièrement fertile.  Ce  n’est pas saint Bernard d’ailleurs qui aurait pu leur reprocher de puiser dans  les vieux fonds druidiques… Il leur aurait plutôt adressé ces paroles :

« Vous trouverez plus de choses dans les forêts que  dans les livres ; les arbres, les pierres vous apprendront ce que les  Maîtres ne sauraient vous enseigner. Pensez-vous que vous ne puissiez sucer le  miel de la pierre, l’huile du rocher le plus dur ? Est-ce que les  montagnes ne distillent pas la douceur ? Est-ce que les collines ne  coulent point le lait et le miel ? Est-ce que les vallées ne sont pas remplies  de froment ? J’aurais tant de choses à vous dire ! A peine si je me  retiens. »11

(En tout cas, il ne  s’est pas retenu contre les hérésies cathares… Mais ça, c’est une autre  histoire !)

Déjà, en Ecosse,  une communauté dont les membres se nommaient Culdées avait tenté de réunir le  druidisme et le christianisme. On dit que saint Bernard aurait hérité de cette  tradition par l’intermédiaire de saint Malachie…

Jean-Claude  Cappelli rappelle également qu’il existe des cas connus de « druides  guerriers », sorte de moines soldats en somme12.  N’était-ce pas le cas des Templiers ?

Mais bon, n’allons  pas trop vite en besogne et ne nous égarons pas ! J’étais venu pour  enquêter sur un autre drôle d’oiseau : l’abbé Auguste Coudray. Je ne  devais pas l’oublier…

Auguste Coudray, personnage philanthrope et généreux (photo d'article de presse)

C’est par une  magnifique journée ensoleillée que je découvris le village pittoresque de  Lizio. Après m’y être repu et avoir visité ce lieu enchanteur, je me mis en  quête d’informations. Auguste Coudray était bien connu dans la région. Il était  né à Lizio, d’une famille de tailleurs de pierre, en 1924, et il devait y  terminer sa vie. Mais sa vie était loin d’être banale…

C’est d’abord à  Vannes que la vie mènera Auguste Coudray. Il y est alors aumônier à Kercado.  Déjà, sa façon de voir les choses et sa façon de penser dérangent. C’est un  libre penseur. Il ne s’entend pas avec son évêché. Une nuit, un rêve lui montre  un lieu dans lequel se trouve une roseraie. Il refera le même rêve et restera par  la suite obsédé par cette vision.

La maison d'enfance d'Aguste Coudray d'après Jean Dantier, vicaire et instituteur de Lizio - Hemeac  ©

Il se trouve qu’à  Lizio, en dehors du bourg, existait un hameau de quelques maisons recouvrant  les métiers traditionnels de l’époque. Celui-ci était inhabité et en ruine  depuis plusieurs années déjà quand, en 1961, l’abbé Coudray s’y rend pour le  réhabiliter. C’est à cette tâche qu’il s’attèle vaillamment avec quelques  jeunes vannetais. Très vite, l’endroit reprend vie et s’anime d’une nouvelle  activité pour le plus grand bonheur d’un abbé comblé.

Un jour qu’il se  promène, Auguste Coudray reconnaît la roseraie qu’il avait vue en rêve. Il en  est profondément troublé. Sans doute n’est-ce pas un hasard s’il est venu ici.

Le temps passe et  l’abbé Coudray devient propriétaire du hameau. Il habite l’une des maisons  qu’il transforme en véritable atelier de travail pour ses recherches. C’est là  aussi qu’il publiera de nombreux ouvrages.

L'agréable maison d'Auguste Coudray  - Hemeac  ©

Maison derrière laquelle se trouve le jardin  de l’abbé ; il connaissait très bien les vertus des plantes pour  lesquelles il s’intéressait beaucoup.

Régulièrement des  visiteurs arrivent de toute part pour profiter des nombreux stages proposés par  l’abbé Coudray ou simplement pour jouir de la sérénité du lieu. Le village du  Val Richard devient alors un véritable centre spirituel en plus de sa raison  culturelle. Il y reçoit des artistes, des philosophes et bien d’autres encore…  A y penser à présent, s’il fallait faire un lien avec Rennes-le-Château, l’abbé  Saunière serait plus proche d’un Coudray que d’un Gillard ! A propos de ce  dernier, grand ami d’Auguste, il profitera certainement lui aussi de  l’effervescence du Val Richard et les deux hommes sauront tirer profit de ce  climat favorable.

 
 

Le village du Val Richard aujourd'hui transformé en gite. Au programme : calme et sérénité - Hemeac  ©            

Bien sûr, étant donné que l’abbé Gillard entretenait  certains rapports avec Geneviève Zaepffel, je voulus savoir si cette dernière  connaissait Auguste Coudray. Malheureusement, rien ne vient étayer cette  hypothèse. Toutefois, considérant tous les faits, il eut été fort étonnant que  l’un et l’autre ne se soient jamais rencontrés… Disons simplement que Zaepffel  et Coudray ne fréquentaient pas les mêmes cercles. Alors que Zaepffel  « baignait » plus dans l’ésotérisme, Coudray « naviguait »  dans un domaine davantage mystique. L’un n’empêche toutefois pas l’autre !  Coudray s’est même intéressé quelque peu à l’ésotérisme mais toujours avec une  certaine méfiance…

Auguste Coudray est un homme qui aime aider son  prochain. Il reçoit dans son village sans distinction et tire enseignement des  connaissances de ses nombreux visiteurs. On vient aussi pour l’écouter, car  l’abbé est érudit. Le hameau est avant tout un lieu d’échange.

Il fera aussi plusieurs voyages afin de compléter ses  connaissances. Car notre homme est passionné par la symbolique et les nombres,  entre autres. Ainsi, il se rendra en Afrique, à Ouagadougou (au retour duquel  voyage il reviendra toutefois marqué). Il visitera également Israël. Mais c’est  au retour de l’Egypte, en 1990, qu’il fera paraître un premier ouvrage sur  Catherine d’Alexandrie13, la  patronne des Templiers pour laquelle Auguste Coudray voue une profonde  vénération. Il est alors accompagné de Marie (!) qui l’aide dans toutes ses  recherches.

Cette passion pour la symbolique naîtra peut-être à la  fin des années quatre-vingt. L’abbé revient tout juste d’un stage dans les  églises romanes d’Auvergne. Désormais sa vision des choses a changé. Et son  premier regard va se porter sur une bien curieuse petite chapelle qu’il a  toujours connue : la chapelle Sainte-Catherine de Lizio.

En réalité, l’abbé  Coudray s’intéressait à trois chapelles : la chapelle Sainte-Catherine de  Lizio, la chapelle Saint-Gobrien (dans la commune de Saint-Servent) et la  chapelle des Templiers de La Vraie-Croix. « Chacune d’entre elles est une  œuvre originale et possède son caractère propre : le maître d’œuvre de  Sainte Catherine nous invite à découvrir l’Egypte et ses monastères, celui de  la Vraie Croix nous conduit à la basilique du Saint Sépulcre de Jérusalem et  celui de Saint Gobrien nous renvoie à nos racines celtiques et nous rappelle  l’importance de Rome dans notre histoire, de la Rome païenne autant que de la  Rome chrétienne. »14

 
 

La chapelle des Templiers de La Vraie-Croix - Hemeac  ©

Auguste Coudray  nous invite à un véritable voyage initiatique à travers le temps et l’espace.  Les chapelles templières sont les clés qui permettent alors d’ouvrir la Porte  du Ciel… du moins si l’on sait les décrypter !

Prière  de Sainte Catherine, à l’heure de son exécution :

« "Ô toi, espérance et salut des croyants, toi,  beauté et gloire des vierges, Jésus, bon roi, je t'en supplie : que tous ceux  qui garderont mémoire de ma passion et m'invoqueront, soit au moment du départ  de leur âme, soit en cas de nécessité, obtiennent l'effet de ta  protection."

Une voix se fit entendre qui lui disait : "Viens, ma  bien-aimée, ma belle ! Voilà : la porte  du ciel t'est ouverte. Et, en effet,  à ceux qui auront célébré ta passion, je promets, du ciel, les secours  demandés." »15

Oeuvre du peintre Parfait Pobéguin, datée de 1874. "La nouvelle Isis n'est autre que Catherine d'Alexandrie, la patronne des Templiers" - Hemeac  ©

Il était temps de  rendre visite à cette chapelle…

La route était  agréable et se prêtait à la flânerie, chaque détour peignant un nouveau tableau  champêtre, m’entraînant d’œuvre en œuvre à travers l’immense exploration de  ce musée coloré. La chapelle Sainte-Catherine était bâtie au sommet d’une  colline que l’on appelait Pédu, la colline noire. Les Templiers, arrivés là  vers 1150-1200, y construisirent un oratoire dédié à la sainte et un lieu de  restauration (La Regobe) pour accueillir les pèlerins voyageant sur les chemins  de Compostelle. Une fontaine fut également construite sur l’emplacement d’une  ancienne source sacrée.

La chapelle Sainte Catherine et son calvaire - Hemeac  ©

Après la  disparition des Templiers, le petit prieuré tombera dans l’oubli. Il faudra  attendre la venue d’un prêtre hospitalier de Saint-Jean, pour lui restituer sa  gloire passée. Charles Laurencin est nommé commandeur de Carentoir en 1645. Il  est inspiré par l’endroit et soucieux de préserver l’esprit des Templiers. De  1655 à 1665, Laurencin restaure les ruines et bâtit la chapelle dans le respect  des traditions templières. Il fait de sa devise : « Lucet in  tenebris » (Lumière qui luit dans  les ténèbres), la dédicace du nouvel édifice. Pour finir, il place un  vitrail représentant le sceau des Templiers en hommage à ces derniers.

Il fait inscrire la devise des Templiers sur son pourtour : Non nobis, domine, non nobis, sed nomini tuo da gloria - Hemeac  ©

La première chose que le pèlerin voit quand il fait  étape à Lizio, est une borne de granit, placée à quelques 200 mètres de la  chapelle, et l’avertissant de ce qu’il va trouver ici.

La borne de granit : "chemin du ciel et de 1763" - Hemeac  ©

Il sait qu’il est  sur la bonne voie. Il ne lui reste plus qu’à remonter vers la chapelle. Ce  qu’il va découvrir alors est un parcours initiatique, « un chemin et un  enseignement qui permet de relier le ciel à la terre »16, de retrouver la « Porte du  Ciel ». Pour l’aider à le réaliser, un « jeu » lui est proposé à  travers un cheminement parsemé d’énigmes et d’embuches. Il doit surmonter les  épreuves, décoder les indices et suivre les pistes laissées à dessein. Et s’il  parvient à « retrouver le chemin de sa propre intériorité », Sainte  Catherine lui montrera peut-être la digne récompense. N’est-elle pas La Lumineuse, la Messagère de lumière, l’ « annonciatrice de la lumière » ?  N’est-elle pas un phare dans la nuit des Templiers, l’antique Isis des  Egyptiens donnant naissance au soleil régénérateur ?

 
 

Le pilier "Isis" inscrit en grec copte selon Auguste Coudray, et le calvaire codé avec son "n" inversé  - Hemeac  ©

Le message du calvaire en entier17 :

 

 

 
 

La "Porte du Ciel" à l'entrée de l'église Saint Pierre de Mauron et de Rennes-le-Château- Hemeac  ©            

Gn 28:17-19 : 17« Il  eut peur et dit : "Que ce lieu est redoutable ! Ce  n’est rien de moins qu’une maison de Dieu et la porte du ciel !" 18Levé de bon matin, il prit la  pierre qui lui avait servi de chevet, il la dressa comme une stèle et répandit  de l’huile sur son sommet. 19A ce lieu, il donna le nom de Béthel,  mais auparavant la ville s’appelait Luz. »

La lumière (qui se  dit « Luz » en espagnol) est l’une des clés de la compréhension de la  chapelle Sainte-Catherine. Auguste Coudray nous fait remarquer qu’il existe,  dans la chapelle, des phénomènes observables liés à la position du soleil dans  notre ciel. Ces phénomènes sont alors en mesure de nous guider à travers notre  parcours initiatique.

 
 

La "vescica" de la chapelle Saint-Gobrien animée par la lumière du vitrail - Hemeac  ©            

La chapelle  Sainte-Catherine de Lizio a-t-elle livré tous ses secrets ? Je suis loin  de le penser. La chapelle serait bâtie sur une crypte secrète. Que  renfermerait-elle ? On pense aussi qu’un tunnel en partirait en droite ligne  sur une longue distance. La présence des Templiers est très palpable et les  énergies du lieu très fortes. Mais gare ! Les gardiens sont toujours là et  défendent âprement leurs secrets. Ne vous avisez pas de les déranger sans leur  en demander la permission !

Quoi qu’il en soit,  ce lieu exerçait une grande emprise sur moi. Perdu dans mes pensées, des mots  tourbillonnaient dans mon esprit : Templiers… Egyptiens… Celtes… Graal… Je  ne réalisais pas, qu’en dehors de cette chapelle, le temps tel que nous l’appréhendions,  poursuivait toujours son œuvre. En effet, il était déjà tard mais une force me  retenait en ce lieu. Je dus user de toute ma volonté pour me défaire de  l’attraction de cette chapelle et quittai les lieux à contre-cœur.  Sainte-Catherine ne m’avait pas tout dit…

J’imagine  Auguste Coudray contemplant la lumière jouant sur le tableau du retable le 25  novembre, jour de la sainte Catherine, et se remémorant le chant de Daniel  Facéras pour Thérèse de Lisieux - Hemeac  © :

Elle  attend

entre  l’ombre et la lumière

comme  la Belle au bois dormant.

Guettant  le moindre bruit du vent,

elle  attend celui qui viendra doucement,

elle attend celui qui  a fait le serment,

malade d’amour elle  attend.18

 

 
 

La marelle selon le modèle de l'arbre des Séphiroths et la fontaine à côté de la chapelle  - Hemeac  ©            

   
 
 

La fontaine codée avec son bassin formé de dalles de schiste  et de granit, et la maquette de la chapelle au musée des Carrières de Sainte-Catherine - Hemeac  ©

Mais une autre bâtisse  m’attendait à quelques kilomètres : il s’agissait de la chapelle  Saint-Gobrien sur la commune de Saint-Servant. Elle était, elle aussi, l’une des  étapes sur le chemin de pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, mais son  histoire n’avait rien à voir avec la chapelle Sainte-Catherine.

La chapelle Saint-Gobrien - Hemeac  ©

La tradition veut  que la chapelle fût édifiée sur l’emplacement de l’oratoire de Saint Gobrien  aux environs de l’an mille. Saint Gobrien était censé être un évêque de Vannes  qui vécut entre le VIIe et le VIIIe siècle. Venu se retirer sur les bords de  l’Oust, il y créa un ermitage qu’il habita jusqu’à sa mort, en 725. Après  plusieurs remaniements, la chapelle sera reconstruite à la fin du XVe siècle  par Olivier de Clisson. C’est en 1936 qu’Auguste Coudray en fera la découverte.

La chapelle de la Vierge : statues d'Olivier de Clisson, de la Vierge à l'enfant et de Saint Bernard - Hemeac  ©

En vérité, Saint  Gobrien n’est autre que la christianisation de la divinité celtique Gobniu (ou  Goibniu), le dieu-forgeron des Tûatha Dé Dânann…

Ici, pas de codes  compliqués comme à la chapelle Sainte-Catherine. Mais la modeste chapelle est  un centre bouillonnant d’énergies. Le pèlerin y est tout autant invité à  parcourir son cheminement initiatique et à passer de la terre au ciel, de  l’immatériel au spirituel. Mais c’est une autre surprise qui l’attend dans le  chœur : une magnifique vescica qui occupe la place devant l’autel.

La vescica - Hemeac  ©

Il faut, toutefois, rester prudent quant au terme de  « vescica ». La définition qui nous en est généralement donnée est la  suivante : « La vescica est dessinée d'une  manière apparemment irrationnelle : la distance entre chaque cercle varie du  centre à la périphérie. En fait les rayons des cercles suivent une progression  géométrique calculée selon le nombre d'or. »19 Or, ici, la forme géométrique ne répond pas à la définition. En  effet, les distances entre les cercles ne semblent pas avoir été calculées en fonction  du nombre d’or. Cela n’enlève toutefois rien aux traditions qui lui attribuent  un pouvoir régénérateur. Si les cercles représentent « le soleil qui se  propage » 14, la croix de  Saint-André (X), elle, symbolise, encore une fois, la lumière ou la radiance.  Elle est aussi la jonction entre la terre (Λ) et le ciel (V). En alchimie, elle est la  lumière manifestée. Autant de symboles que l’on avait déjà rencontrés dans la  chapelle Sainte-Catherine.

Autre détail intéressant : « Saint André (30 novembre) est précédé le 25 novembre par Sainte  Catherine et suivi le 6 décembre par Saint Nicolas. Ces trois jours sont  intimement liés "par une sorte de balancement de croyances et de coutumes qui en font un  Cycle secondaire. Selon le calendrier, il est à cheval sur l’automne et l’hiver" (Van Gennep). »20 Sainte  Catherine et Saint Nicolas ne sont-ils pas les patrons des Templiers ?

Les 2 tibias associés au crâne forment la croix de Saint André  - Hemeac  ©             

Mais, me  direz-vous, où est Sainte Catherine dans tout cela ? Et bien, elle est  bien présente ici, également, en cette chapelle Saint-Gobrien.

La chapelle Sainte Catherine : ici, représentée à gauche et dans la partie droite du vitrail, aux côtés de Saint Gobrien ("Goubrien" inscrit ici) et de Saint Christophe - Hemeac  © 

 
 
Le sol en terre battue du narthex qui accueillait les pèlerins et une Vierge noire pour nous rappeler que nous sommes sur un lieu tellurique - Hemeac  ©

Je sortis de la chapelle, l’esprit encore embrumé de  tout ce que j’avais vu et découvert… Tandis que je m’éloignais, je repensais à  mon périple depuis que j’avais pénétré la forêt de Brocéliande. Quel étrange  endroit ! Il fut une époque où un petit nombre d’abbés, poursuivant les  mêmes motivations, rejetèrent les dogmes de la religion et commencèrent à se  poser des questions. Certains visionnaires, d’autres réfractaires, tous avaient  changé leur façon de voir les choses. Qu’est-ce qui avait provoqué ce profond  changement dans des esprits pourtant marqués par leur foi ?

Je me rappelais de ces curés de l’Aude et de leurs  secrets…

Auguste Coudray et Henri Gillard faisaient partie de  ces visionnaires. Ils n’avaient pas hésité à se dresser contre l’Eglise pour  affirmer leurs vues. Gillard avait été écarté de son église. Coudray avait bâti  sa propre « église » dans laquelle il acceptait tous ceux qui étaient  en quête de spiritualité. Il passa sa vie aux côtés de Sainte Catherine. Elle  changea sa destinée. Un jour qu’il revenait de la chapelle Sainte-Catherine, sa  voiture en heurta une autre au carrefour Sainte-Catherine. Il fut emmené  d’urgence à l’hôpital où il resta un temps entre la vie et la mort. C’est au 25  novembre de l’année 2000 qu’il rendit l’âme… le jour de la Sainte Catherine…  A-t-il entendu à ce moment-là, Catherine lui murmurer à l’oreille : "Viens, mon bien-aimé,  mon bon Auguste ! Voilà : la porte  du ciel t'est ouverte." ?


Notes et références :

1Auguste Coudray, Voyage par des sentiers perdus.

2La tradition chrétienne prétend  également que ce sont sept saints qui sont à l’origine de la fondation du duché  de Bretagne : saint Malo, saint Brieuc, saint Samson, saint Paterne, saint  Corentin, saint Pol Aurélien et saint Tugdual. Or, cinq de ces saints étaient  originaires du Pays de Galles ou de ses environs…

C’est encore le Pays de  Galles qui nous envoie Saint Aaron au VIe siècle. Il s’installera dans une  petite île en face d’Aleth. L’île de saint Aaron, qui n’en sera plus une,  deviendra alors la cité de Saint-Malo.

Aleth ai-je dit ? Quand  on veut étudier l’Histoire, il faut aussi s’intéresser à la Géographie. La  toponymie d’un lieu est particulièrement riche en enseignement. Elle nous en  dit généralement long sur son passé pour qui prend la peine de l’étudier.

Si l’on compare la Bretagne  et le Languedoc, par exemple, cette toponymie est très évocatrice d’un passé  commun aux deux régions. Nul doute qu’un même peuple (on a parlé des Redones) a  foulé le sol de ces deux contrées pourtant éloignées et a su préserver entre  elles un lien particulier tout au long de son histoire. On pourrait même dire  que l’une est le miroir de l’autre. En effet, on trouve nombre d’occurrences en  haut comme en bas : Aleth et Alet-les-Bains, Rennes et Rennes-le-Château  mais aussi Rennes-les-Bains (jumelée justement à Rennes en Ile-et-Vilaine),  Rennes-les-Bains et Bains-sur-Oust (« Bain » à l’origine), Redon et  Montredon, Rieux et Rieux-Minervois, le Sal et la Sals, Sarzeau qui est  l’anagramme de « Au Razès » pour Patrick Ferté et Rezé par rapport au  Razès… Certes la comparaison peut sembler facile et le jeu s’y prête bien... Mais  qui mieux que les anciens possédaient une connaissance des hauts lieux  telluriques ? Jean et Michel Angebert nous rappellent, à cette intention, que  « le pays d’Oc était, avec l’Armorique, la terre élue des druides » (Hitler et la tradition cathare).

3Abbé Gillard, Vérités et légendes de Tréhorenteuc.

4Jean Markale, Brocéliande et l’énigme du Graal.

5Cela me rappelait une histoire que  j’avais rencontrée alors à Redon, que j’avais quittée peu de temps  auparavant : cette histoire repose en fond sur une vieille rivalité  existant entre les villes de Redon et de Rieux, cette dernière reprochant à  l’abbaye de Redon de lui avoir fait de l’ombre. Elle disait que l’enfant Jésus avait  été chassé de Rieux par les « méchantes lavandières » et qu’il trouva  refuge à Redon où il fut bien accueilli…

6Elisabeth Cappelli & Alain  Gérardin, L’église du Graal.

7Tout le monde connaît cette  histoire de pierre tombée du ciel… On doit la christianisation du thème du  Graal à l’Evangile apocryphe de Nicodème. Cette pierre était l’émeraude (d’où  sa couleur verte) qui s’était détachée du front de Lucifer qu’elle ornait, au  moment de la chute de l’ange. Adam et Eve qui la recueillirent lors de leur expulsion  du paradis, la transmettent à leurs descendants. Elle finira dans les mains de  Joseph d’Arimathie qui la fera tailler en forme de coupe. Coupe qui servira  enfin pour recueillir le sang du Christ.

 

Panneaux de  bois de l’église Saint-Pierre de Mauron sur lesquels sont représentés Adam et  Eve, tentés par le serpent puis chassés du paradis (Hemeac ©) – l’émeraude de Lucifer  est bien visible sur le panneau de gauche tandis que celui de droite nous  montre une belle Mélusine.

8Chrétien de Troyes est l’auteur qui  aura le plus favorisé l’introduction des légendes arthuriennes au pays de  Brocéliande. C’est au XIIe siècle qu’il permettra le rapprochement entre la  fontaine de Barenton et la forêt mystique légendaire. On peut dire que la  fontaine de Barenton est ainsi le cœur de Brocéliande…

9Théodore Hersart de la Villemarqué, Les trois moines rouges, ou les  Templiers, Le Barzhaz Breizh.

10Jean Markale, Gisors et l’énigme des Templiers.

11Les  plus beaux écrits de saint Bernard.

12Jean-Claude Cappelli et Alain  Gérardin, Les Chemins de Folle Pensée.

13Sainte  Catherine d’Alexandrie, Cahiers « Mille chemins  ouverts ».

14Auguste Coudray, Saint Gobrien.

15Jacques de Voragine, La légende dorée.

16Thierry Van de Leur, Les phénomènes solaires artificiels.

17Pour ceux qui sont intéressés par  le travail de l’abbé, je conseille son triptyque, consacré à la chapelle  Sainte-Catherine : Sainte Catherine  d’Alexandrie, Voyage par des sentiers  perdus et Langages oubliés de  compagnons et maîtres d’œuvre.

18Auguste Coudray, Langages oubliés de compagnons et maîtres  d’œuvre.

19Selon Wikipedia.

20Maisons d'Eurasie : Architecture, symbolisme et signification sociale


Remerciements particuliers  :

A la famille Coudray pour son accueil et sa patience - à Ceux du Pays de l'Ours pour leurs précieux conseils - aux habitants de Manoir qu'ils soient de ce monde ou non... 

Hemeac,  16 juin 2014 ©

 

Lire la première partie de "Sur les pas de Pierre Plantard" : An Naer Ruz ! A la découverte du Serpent Rouge !



09/07/2014
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