GRAAL -ARTHUR-EXCALIBUR - PAIX-LIBERTE-AMOUR DIVIN

Dr Farid Fata, qui a été condamné à 45 ans de prison FAUSSES MALADIES ET VRAIS TRAITEMENTS

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NOVEMBRE 2015
N°110
ALTERNATIF
bien
être
Les scandales médicaux ou pharmaceutiques sont
malheureusement monnaie courante, mais ils ré
-
sultent le plus souvent de négligences, d’expérimen
-
tations bâclées ou de prescriptions hasardeuses...
On a rarement affaire à des tromperies délibérées
et programmées comme celles qui ont été révé
-
lées par le procès d’un médecin libano-américain
de Detroit (Michigan), le Dr Farid Fata, qui a été
condamné à 45 ans de prison. À l’énoncé d’une
telle peine, on se demande de quel forfait ce méde
-
cin a pu se rendre coupable. Mais dès que l’on est
informé des faits, on est plutôt conduit à penser que
le tribunal a été bien indulgent.
Il a pourtant une bonne tête, le docteur Fata. Une
tête bien ronde éclairée d’un sourire débonnaire.
Comment imaginer, en entrant dans le cabinet de
consultation de cet oncologue réputé, que l’on
vient de tomber entre les griffes d’un monstre qui
n’a qu’une idée en tête
: vous infliger les traite
-
ments les plus coûteux qui soient, même si votre
état de santé ne les justifie aucunement, à seule fin
de soutirer le maximum d’argent à votre assurance
maladie et faire fortune ainsi le plus rapidement
possible. C’était là «
le rêve américain» du Dr Fata.
FAUSSES MALADIES ET VRAIS
TRAITEMENTS
S
es consultations n’avaient pas pour but de
délivrer au patient le diagnostic le plus perti
-
nent assorti du traitement le mieux adapté. C’était
au contraire l’occasion d’établir un diagnostic fal
-
sifié, le plus dramatique qui soit. C’est ainsi qu’il
s’est mis à déceler des cancers imaginaires sur ses
patients, ouvrant la voie à de lourds traitements
de chimiothérapie à prix exorbitant. Bien évidem
-
ment, le patient n’en n’avait aucun besoin
: au-delà
du choc émotionnel, et accessoirement de l’impact
financier de la découverte de ces fausses maladies,
ces traitements ne pouvaient aboutir qu’à la lente
destruction de leur organisme.
J’ose espérer que le cas de ce médecin dépravé
est unique en son genre et qu’on n’en peut trouver
aucun autre exemplaire à la surface de la Terre. Mais
qui pourrait en être sûr
? Car un cancérologue re
-
L’effroyable clinique de
Dr
Cancer et Mr Chimio
 
 
Le Dr Farid Fata diagnostiquait les cancers chez les patients de sa clinique du
Michigan et leur prescrivait de lourds et coûteux traitements de chimiothérapie.
Normal pour un oncologue. Sauf que ses patients n’étaient pas malades
!
nommé est a priori insoupçonnable d’un tel forfait.
La preuve en est que Farid Fata a pu exercer pendant
des années sa coupable industrie et que, selon l’en
-
quête judiciaire, il a pu faire 553 victimes
!
QUI POURRA COMPTER
LES
MORTS
?
C
ar, bien sûr, il y a eu des morts
! Certains
patients n’avaient pas de cancer, mais Fata
les déclarait cancéreux et les traitait comme tels.
D’autres l’étaient vraiment, mais la chimio exces
-
sive les a achevés, d’autres étaient en rémission,
mais Fata leur imposait de la chimiothérapie «
d’en
-
tretien
» parfaitement inutile ainsi que d’autres mé
-
dicaments aux multiples effets secondaires. Il main
-
tenait parfois ces traitements sur une durée de trois
ans, ce qui détruisait les défenses immunitaires de
ses clients, les mettant à la merci d’autres patho
-
logies. Quand des patients un peu inquiets l’inter
-
rogeaient sur les thérapies appliquées, il répondait
qu’il avait recours à des traitements «
européens
»
ou «
français
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
» novateurs. En outre, il refusait de
communiquer le dossier médical, ce qui empêchait
ses patients de consulter un autre médecin. Cette
rétention d’information aurait dû mettre la puce à
l’oreille de certains de ses confrères.
UNE STRATÉGIE COMMERCIALE
CRIMINELLE
C
omment en est-on arrivé là
? Farid Fata a fait ses
études à la Faculté de médecine de l’université
Saint-Joseph, à Beyrouth. À cette époque, le Liban
était plongé dans un état de guerre civile, et de nom
-
breux Libanais se sont réfugiés à l’étranger, en Eu
-
rope et aux États-Unis. Beaucoup y réussirent magni
-
fiquement dans de nombreux domaines tels que la
finance ou la recherche. Ambitieux et entreprenant,
Farid Fata a lui aussi voulu saisir sa chance et s’ins
-
talla à Detroit. Grâce à ce qui apparaîtra par la suite
être une véritable «
stratégie
» de prescription systé
-
matique des traitements les plus coûteux, il devint as
-
sez rapidement propriétaire de plusieurs cliniques et
notamment du Centre d’hématologie et d’oncologie
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bien
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du Michigan, disposant de plusieurs antennes à travers l’Etat. Il
se fit naturaliser américain en 2009.
 
 
 
 
COMMENT LA «
 
MACHINE FATA
»
 
 
S’EST ENRAYÉE
 
E
n 20
 
 
 
10, Angela Swantek, une infirmière expérimentée
passe un entretien d’embauche dans une clinique du
Dr Fata
 
 
 
 
 
 
 
 
 
. Et durant l’heure qu’elle passe dans la clinique, elle
constate que des patients subissent des séances de chimiothé
-
rapie qui lui semblent tout à fait abusives. Elle est profondé
-
ment choquée dans sa conscience professionnelle, au point
que tout juste de retour chez elle, elle n’hésite pas à écrire aux
autorités de l’État pour demander l’ouverture d’une enquête
sur les activités du Dr Fata.
Après plusieurs mois d’attente, les autorités lui assurent qu’au
-
cune anomalie n’a été constatée. Cependant, il est probable que
l’enquête suit discrètement son cours, car début août 2013, le
prestigieux médecin est finalement jeté en prison. Il demande à
être libéré sous caution, mais le juge Paul Borman rejette sa de
-
mande et déclare
:
«
Bien sûr, il y a présomption d’innocence,
mais le tribunal estime qu’il y a de sérieuses chances que l’ac
-
cusé tente de fuir, les accusations étant graves.
»
Et il y a tout
lieu de penser, en effet, que Farid Fata se serait envolé pour
Beyrouth afin de se soustraire à la justice américaine.
DES VIES SACRIFIÉES
P
armi le demi-millier de victimes de Farid Fata, vingt-
deux furent choisies pour venir témoigner devant le tri
-
bunal. Chacune avait droit à dix minutes pour exposer de
-
vant la Cour les années de souffrance et d’angoisse, et les
traitements agressifs qui lui avaient été infligés sans aucune
nécessité médicale. Maggie Dorsey, une mère de famille de
43 ans était trop émue pour parler et laissa sa fille lire son
témoignage. Souffrant d’un problème sanguin, elle est allée
consulter le Dr Fata. Celui-ci diagnostique un cancer et lui
prescrit des séances de chimiothérapie. Or, elle n’avait pas de
cancer mais elle a été détruite par le lourd traitement.
«
Même
si je ne suis pas morte, je suis l’ombre de moi-même
»
, a-t-elle
déclaré. Elle souffre le martyre et a des difficultés à accomplir
les gestes quotidiens les plus simples, comme brosser les che
-
veux de sa fille ainsi qu’elle aimait le faire.
Christopher Sneary, lui, avait bien un cancer des testicules. Mais
Fata lui a prescrit des doses massives de chimio, de radiations
et autres traitements superflus. Lorsqu’il a été amené à montrer
son dossier à d’autres médecins, ceux-ci sont tombés des nues
:
«
Ils ont été choqués et sidérés que j’aie survécu à ces traitements
de cheval.
»
On lui a enlevé un testicule alors que ce n’était pas
justifié. Il souffre aujourd’hui de problèmes nerveux aux mains
et aux pieds, le fonctionnement de ses reins, de son foie et de sa
prostate ont été affectés. Lorsqu’il était à la barre, il s’est tourné
vers Fata pour lui dire
:
«
Tu es un lâche et un salaud qui n’a au
-
cun respect pour la vie humaine
!
».
Un autre patient, Dave Kroff,
a subi pendant des années des séances de chimiothérapie com
-
plètement inutiles, mais qui ont tellement
délabré son organisme et son système im
-
munitaire qu’il a perdu ses deux jambes.
CES CHOSES BIZARRES
QUI ONT DÉMASQUÉ
L’ESCROC
A
près l’alerte donnée par l’infirmière,
c’est finalement un autre médecin,
le Dr Soe Maunglay, qui fit éclater le scan
-
dale lorsqu’il découvrit qu’un patient du
Dr Fata recevait un traitement antican
-
céreux sans aucune raison. Il examina
d’autres dossiers et se rendit compte qu’il
se passait des choses totalement anor
-
males dans les cliniques de Farid Fata. Ter
-
riblement choqué et indigné, le Dr
Maun
-
glay alerta fermement les autorités en
communiquant les informations qu’il
avait réunies. Une semaine plus tard, Fata
était arrêté. Au cours du procès, le procu
-
reur le qualifia comme
«
l’un des escrocs
les plus monstrueux
»
du pays et demanda
qu’il soit condamné à 175 années de pri
-
son, autrement dit à la prison à vie.
35 MILLIONS DE
DOLLARS DE SOINS
FACTURÉS
A
vant le prononcé du verdict, Farid
Fata prit la parole pour la première
fois. En sanglotant, il s’excusa du tort
qu’il avait causé et des drames dont il
était responsable, pour n’avoir pas su ré
-
sister à l’appât du gain et du pouvoir. Il
ajouta qu’il se sentait «
terriblement hon
-
teux
» de sa conduite. Il a finalement été
condamné à 45 ans de prison.
Au cours de sa criminelle carrière, Farid
Fata a facturé à ses patients près de 35
millions de dollars de soins, dont il a tou
-
ché au moins 17 millions en rembourse
-
ments. Au-delà cette terrifiante affaire, ce
qui fait froid dans le dos c’est de se dire
que le système de santé a pu laisser faire
cela. Quels que soient les défauts de notre
Sécurité sociale – et ils sont nombreux – il
semble à peu près impossible (mais ne ju
-
rons de rien
!) qu’une escroquerie durable
du type Fata puisse se développer dans
notre pays où les garde-fous paraissent
plus nombreux. Vraiment ?
Pierre Lance


22/10/2015
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