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Le pôle Nord magnétique perd la boussole le déplacement des pôles va se faire prochainement

 

Le pôle Nord magnétique perd la boussole

Le point de convergence des lignes du champ magnétique terrestre accélère sa dérive du Canada vers la Sibérie. Une course folle imprévisible et de plus en plus rapide.

Par Publié le 19 février 2019 à 18h00 - Mis à jour le 19 février 2019 à 18h00

 

 

Evolution de la position du pôle nord magnétique depuis 1900.
Evolution de la position du pôle nord magnétique depuis 1900. National Geophysical Data Center

Il y a du grabuge dans l’Arctique. Pas une énième querelle entre ours et phoques, mais une escapade vers l’est du pôle Nord magnétique, qui se dirige depuis le Canada vers la Sibérie. Imprévisible et de plus en plus rapide, sa course folle oblige les géologues à mettre à jour avec un an d’avance sur le calendrier prévu le Modèle magnétique mondial, échafaudage théorique sur lequel reposent les instruments de navigation modernes.

Une boussole indique toujours le nord, dit-on. Enfin pas vraiment : son aiguille aimantée n’indique pas le « vrai » nord géographique, celui qui nous intéresse pour s’orienter. Elle pointe en réalité le pôle Nord magnétique, l’endroit où les lignes de champ magnétique terrestre plongent à la verticale vers le centre de la Terre.

Plusieurs milliers de kilomètres séparent les deux pôles cousins. Pour ne pas nous faire tourner en rond, les mesures des boussoles et autres compas, qui reposent sur le champ magnétique, sont corrigées grâce aux données du Modèle magnétique mondial. Celui-ci permet, en résumé, de retrouver le nord géographique en prenant en compte l’angle de déclinaison formé entre les directions respectives des deux pôles.

Déplacement imprévisible

« On peut déduire la direction du nord géographique de celle indiquée par la boussole », résume dans un courriel Arnaud Chulliat, géophysicien à l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique à Boulder (Colorado) aux Etats-Unis. Pour ne rien simplifier, le pôle Nord magnétique se déplace de plusieurs kilomètres par an, et ce de manière imprévisible, ce qui impose de régulièrement mettre à jour le modèle.

Normalement, celui-ci est ajusté tous les cinq ans, une fréquence amplement suffisante compte tenu des errances du pôle Nord magnétique – une dizaine de kilomètres par an. Mais la machine s’est emballée depuis le milieu des années 1990 : il avale désormais annuellement près de quatre fois cette distance. Initialement situé dans le Grand Nord canadien, le pôle magnétique a gagné l’océan Arctique en 2001 avant de rejoindre l’hémisphère est et la Sibérie en 2018. Depuis 2014, date de la dernière mise à jour, il a tellement poussé vers l’Orient que les géologues doivent mettre à jour leur modèle presque un an avant la date initialement prévue, les erreurs risquant de dépasser les tolérances admises.

Qu’est-ce qui fait courir le pôle ? Les scientifiques s’interrogent encore sur un tel phénomène dont ils soupçonnent qu’il démarrerait dans le noyau externe de la Terre, à partir de 3 000 kilomètres de profondeur. C’est en effet à cet endroit que des quantités colossales de nickel et de fer liquides circulant dans des courants de convection génèrent la majeure partie du champ magnétique terrestre.

 



08/06/2019
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