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Dans les marécages putrides de la police

 

 

 

 

 

 

 

Dans les marécages putrides de la police

En France, on aime Guignol. La marionnette de bois ridiculise Gendarme. Il donne souvent une bonne roustée au pandore. L’assemblée des bambins trépigne et applaudit. Devenu adulte, le citoyen regarde les représentants des forces de l’ordre avec méfiance. Le flic a mauvaise réputation. Il est même bien souvent dénigré.

 

Patrice Lastère fait partie du bâtiment. Il entre en 1973 dans la police. Il se fait remarquer par ses qualités, est rapidement promu inspecteur principal puis commandant. Il intègre le mythique 36 Quai des Orfèvres. C’est une grande gueule. Emporté par sa passion, il n’a que faire de la langue de bois et de bien des convenances. Il devient syndicaliste. De tels comportements ne sont guère favorables à la promotion. Il passe du 36 au BRB (Brigade de répression du banditisme) avant de se trouver en banlieue à la tête de commissariats à l’Haye-les-Roses, Montgeron, Draveil.

 

Poulet pendant plus de trente ans, ayant baladé sa carcasse par monts et par vaux, aujourd’hui à la retraite, il décide de se payer son heure de vérité. Un flic passe aux aveux, annonce-t-il. Titre un tantinet provocateur et qui se veut alléchant. On n’est pas certain qu’il traduise bien l’esprit de cet ouvrage.

 

Patrice Lastère reconnaît que, dans cet incessant combat contre le grand banditisme, il a transgressé quelques règles de la procédure. Il a parfois expédié une paire de claques, envoyé une torgnole à un véritable voyou. Il ne regrette en rien un geste viril qui a fait progresser son enquête. Il a aussi trafiqué des munitions afin de les rendre… disons… plus explosives. Il a fermé les yeux ici et là, a passé d’inorthodoxes arrangements avec des truands.

 

Ces confidences sont l’écume qui recouvre la surface d’un marais bien glauque. Patrice Lastère dévoile la face sombre de la police. Ici, on rencontre des individus totalement incompétents et assumant leur pouvoir pour des raisons bien mystérieuses. Il est vrai, apprend-on, qu’après la Guerre d’Algérie, des officiers de l’armée française furent parachutés dans la police nationale. Certains devinrent commissaires. On sursaute, sans être emporté par une extrême complaisance pour un féminisme radical, lorsqu’on apprend ainsi que le patron d’un commissariat, misogyne radical, pense que toutes les bonnes femmes sont des salopes hystériques. Pas difficile alors de deviner le traitement de cet officier de police lorsqu’il se trouve confronté à des affaires de viol.

 

Patrice Lastère, par delà les petites transgressions qu’il nous confesse, se livre en fait à un constat navrant, un constat impitoyable. La lecture de son livre laisse un goût amer. On devine à l’entendre qu’en entrant dans la police il se voyait être Zoro, un justicier défendant le faible contre le voyou. Il visait un idéal. Il a plongé dans bien des marécages putrides. Il raconte simplement sa vie de flic, un flic comme tous ses compères, abandonné par les politiques qui exigent tout d’eux et ne leur donnent aucun moyen. Ces policiers ont des bagnoles pourries, des flingues archaïques, des munitions obsolètes, des moyens de communication dérisoires. Voici une anecdote relatant la guerre contre le Gang des postiches qui braquait les banques. Ce sont les représentants de ces institutions qui proposèrent l’achat de postes de radio cryptés. L’investissement s’avéra rentable.

 

 Patrice Lastère raconte. Il témoigne. Il constate. Il a le cœur lourd, et comment ne pas l’avoir lorsqu’on a un de ses amis flingué à la suite d’une succession de conneries ?

 

Certaines de ces pages sont écrites à coups de lance-pierre et on les reçoit comme un coup de pied au ventre. On lit là le témoignage d’un homme profondément blessé, obsédé par son devoir. Ce drôle de poulet confie ici la réalité de sa vie de flic et de celle de tous ses collègues. On se doit de l’entendre. Il ne reste qu’à espérer que certaines pages narrant l’absurdité d’une hiérarchie incompétente, une consternante absence de moyens, une guerre imbécile entre divers services enfermés dans leur ego, appartiennent à un passé désormais révolu.

 

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21/02/2013
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